Raphaël Donzel, créateur de Sporz et des éditions La Donzelle

Publié le par Ludisabelle

Raphaël Donzel bonjour ! Vous êtes le créateur de Sporz, le dernier né d’une série de jeu ayant à peu près le même mécanisme.


Bonjour Isabelle.


1. Pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez décidé de créer ce jeu si semblable d’autres, quitte à provoquer des polémiques ?


J'ai décidé d'éditer Sporz, simplement parce qu'il y a des joueurs de Sporz bien au-delà du cercle de mes amis proches.
Le jeu a été créé en 2004 à Montpellier, avec des amis : Ivan Gazeau, Stephane Geller, Michel Carreras et bien d'autres. Joueurs de LgdT nous avons voulu adapter un mode de jeu du paintball dans lequel les protagonistes « changent de camp » plutôt que de « mourir » lorsqu'ils reçoivent une bille.
Au fur et à mesure des parties test entre midi et deux, ou le weekend nous avons progressivement inventé de nouveaux rôles, de nouvelles règles et rendu le jeu de plus en plus stable.
Nous avons testé de nombreuses stratégies et changé les règles en conséquence pour qu'aucun des deux camps ne puisse remporter la victoire à coup sûr, mais sans pour autant rajouter de facteurs aléatoires (comme un jet de dés, le tirage de cartes...)
Sporz était alors devenu très différent des Loups-Garous, notamment dans la façon de s'amuser en y jouant. LGdT étant réservé à nos soirées discussions fun, réponses du tac-au-tac, mauvaise foi qui fait rire tout le monde, Sporz à nos soirées enquête, stratégies, rumeurs et coups en traîtres qui font rire tout le monde.
Les circonstances nous ont ensuite tous séparés et nous avons fait jouer de nouvelles personnes à Paris, Lyon, Rennes … Puis ces nouveaux joueurs ont eux-même diffusé le jeu, créé des clubs. Fin 2009, de retour à Montpellier, j'ai réalisé que des gens se réunissaient toutes les semaines à Paris et à Lyon pour jouer à Sporz, et que je ne connaissais pas les participants de ces évènements.
Ça a été pour moi le signe que Sporz avait une viabilité commerciale et qu'il méritait d'être diffusé. Pour éviter la polémique j'ai fait le choix éditorial de m'éloigner aussi complètement que possible des Loups-Garous. Que ce soit dans le thème, l'ambiance, le packaging, le design. Certains m'ont reproché cette démarche, pensant que j'avançais
masqué, cherchant à vendre une copie qui ne dit pas son nom. Ma position est claire : je ne souhaite pas profiter du succès des Loups-Garous en vendant un jeu qui s'afficherait comme « le même en un peu différent, mais pas trop ».


2. Quels sont les aspects qui différencient votre jeu des autres ayant les mêmes bases ?


Pour moi la différence majeure tient à un changement de règle mineur : on ne parle pas tous ensembles, mais par groupes de deux ou trois seulement. C'est ce qui change la façon de s'amuser, ce qui permet de mentir à certains pas à d'autres, lancer des rumeurs/contre-rumeurs. En plus cela donne une opportunité rare dans les jeux de société : vous pouvez vous isoler pour parler en tête à tête avec -par exemple- le garçon ou la fille que vous convoitez. Tout ceci sans attirer le moindre soupçon : tout le monde complote de toute façon. Pour le reste : il existe de nombreuses variantes (officielles ou non) de LGdT (et je salue au passage Laurent Lebreuilly qui en a créé beaucoup). Certaines ont exploré la possibilité de changer de camps en cours de partie.

Le jeu Resistance quand à lui supprime complètement le meurtre et se focalise sur la recherche des coupables, étudiant ainsi la possibilité de ne tuer personne, et de chercher des indices sur le comportement « objectif » des joueurs.
Ces idées qu'on retrouve dans Sporz étaient de toute façon dans l'air depuis un moment déjà, la garantie que l'on apporte c'est que l'ensemble a été testé par une vaste communauté de joueurs, et que des statistiques montrent que sur plus de cent parties enregistrées on ne peut pas significativement se prononcer sur le camp qui a le plus de chances de l'emporter (on est très proche du 50/50).
A titre personnel je vous donne aussi la garantie qu'on peut convaincre des gens de jouer plusieurs centaines de fois à Sporz sans avoir à les rémunérer !


3. Comment avez-vous décidé de devenir créateur de jeu, quel est votre parcours ludique ?


Comme expliqué plus tôt, tout a commencé entre amis en voulant mettre des règles « maison » sur un jeu connu et apprécié. Je n'ai jamais trouvé deux personnes jouant avec les mêmes règles au Monopoly, donc je pense que tout le monde fait des règles maison.
J'ai eu la chance d'avoir des amis motivés, qui ont été d'accord de prendre le risque de créer des variantes parfois lourdes d'un jeu chouette, et qui chaque fois qu'une règle rendait le jeu pas très marrant prenaient le pari de s'éloigner encore un peu plus loin du jeu original, plutôt que de revenir sur un terrain connu. J'ai aussi eu l'aplomb de rebondir après le refus d'éditeurs de soutenir Sporz en 2005, et d'y voir l'opportunité d'améliorer plein de choses avant de se lancer à nouveau.


4. En créant les éditions La Donzelle, vous tentez de promouvoir Sporz tout seul. Quelles sont les difficultés que vous rencontrez déjà ?


Pour commencer il faut expliquer à sa famille pourquoi renoncer à un salaire pendant un an pour se lancer et investir des sous dans un projet risqué est une bonne idée. Ensuite il faut fédérer les ressources de pleins de gens qui sont
prêt à donner un coup de main, et ne pas hésiter à relancer parce que rien ne se fait « tout seul ».
Il faut aussi faire des petits boulots pour payer son loyer, et de quoi donner à manger à son poisson rouge. Accepter avec le sourire que certains professionnels de l'impression vous prennent pour un imbécile, ou un pigeon.
Savoir dire : ok, fais-le. Parce que qu'on est jamais mieux servi que par soi-même, mais il y a des fois ou on ne peut pas tout faire.

 

Et puis...


Et puis il faut gérer son image sur Internet, le pays des trolls poilus, où le temps de dire « Youhou je suis sur trictrac ! » et d'envoyer un mail de remerciement pour son article au Dr. Mops, on est accusé par des fâcheux d'avoir créé des comptes factices pour taper sur les Loups-Garous et encenser Sporz. Du coup, il faut répondre aux mails parfois désagréables de professionnels du milieu et batailler ferme pour rester crédible.


5. Avez-vous songé à faire distribuer votre jeu par un professionnel pour bientôt ?


Oui, bien sûr. J'ai été contacté par plusieurs distributeurs. Le jeu sera prochainement distribué au Quebec, mais aussi en France. D'ici un mois environ.


6. Avez-vous d’autres jeux dans vos placards, de vous-même ou d’autres auteurs ?


Évidemment ! Déjà il y a des projets d'extensions pour Sporz. On peut trouver pas mal de variantes sur Internet, et certaines règles valent vraiment le détour.


Pour d'autres jeux c'est à voir. J'ai bien quelques idées, et quelques auteurs m'ont fait des propositions, mais il faudra d'abord rembourser les gens à qui je dois de l'argent et qui me courent après avec des barres en fer, avant de penser à relancer un deuxième jeu.


Je vous remercie de vous être prêté à ce jeu de questions réponses, et je vous souhaite bonne continuation dans le monde ludique !


C'était un plaisir. J'ai hâte de vous rencontrer, peut-être pour une partie « animée par l'auteur » chez Parta'Jeux ?

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J
<br /> <br /> un passage de beautiful-photography pour te souhaiter une bonne soirée :) Passes me voir à l'occaz' ! ;D<br /> <br /> <br /> Bisous<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> coucou !<br /> <br /> <br /> Je vais passer,<br /> <br /> <br /> bises<br /> <br /> <br /> <br />