Je ne suis qu’une femme aux regrets acidulés…
Je suis moins forte que je ne le montre et que je voudrais le faire croire à mes proches. Et ceux qui me connaissent mal me voient toujours avec le sourire, répondant invariablement « ça va toujours » à la sempiternelle question quand on se voit « ça va ? »
Mais je ne suis qu’une femme…
En vérité, je suis comme tout le monde, un être humain avec ses forces et ses faiblesses. Je cache bien ces dernières, c’est vrai. Je vais toujours bien, ma devise, je l’ai empruntée à Candide ou plutôt à Leibnitz qui dit ceci : « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Oui, tout va bien, je vais bien, je ne vois pas pourquoi ça n’irait pas ? J’ai deux enfants merveilleux, un mari, un toit (la maison appartient au banquier mais un jour elle sera à nous), un peu d’argent de côté si vraiment on a un coup dur. Mais l’être humain est un éternel insatisfait, n’est ce pas ? Au fond de moi, il y a ce petit quelque chose qui fait que je ne suis pas complètement heureuse.
Quelle est la part des choix que l’on fait ?
Est-ce que je crois plus au destin qu’aux choix que l’on fait, c’est une bonne question. Il y a des années je vous aurais répondu que je crois dur comme fer au destin. Je tirais les tarots, plutôt bien, avec passion. Je ne faisais pas de choix, ou plutôt je ne savais pas que j’en faisais. Mais toutes les décisions que j’ai prises m’on mené ici. Et celles que je disais ne pas regretter, je m’aperçois, avec l’honnêteté de l’âge, que finalement je les regrette un peu. Je disais que les expériences nous endurcissaient, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort.. je ne sais plus vraiment.
Mais où mes choix m’ont-ils menée ?
Comme je le disais, je n’ai aucune raison de ne pas être heureuse. Mais pourtant, j’ai des blessures, des « nœuds névrotiques » pour reprendre une expression d’O., une amie d’avant. J’ai des manques, aussi. Des actes manqués, des actes loupés. Je suis fière et heureuse d’être ce que je suis aujourd’hui, je me sens globalement bien. Je sais que j’ai de la chance, mais aussi que des personnes m’on soutenue au bon moment, de la bonne manière, parfois même sans s’en rendre compte. Je suis globalement épanouie.
Ce sentiment de manque, de vide qui m’habite,
D’où vient-il ? J’ai parfois l’impression qu’il me manque quelque chose sans pour autant pouvoir mettre le doigt dessus. Mes amis de longue date sont loin, c’est vrai. J’aimerais rire plus souvent, moi qui adore rire. Moi dont le rire s’est effacé parfois, souvent, derrière des évènements de la vie. Je l’avais retrouvé, ce moteur, et le voilà perdu, à nouveau. Voilà ce qui me manque, c’est cette énergie qu’on appelle « la joie de vivre ».
C’est moi que j’aime à travers toi !
Il y a des gens comme ça, qui aiment le regard qu’on porte sur eux. Je pense être de ceux là. J’aime qu’on me regarde avec es étoiles plein les yeux, qu’on me dise que je suis belle ou que j’ai maigri, même si c’est faux (ma balance me le rappelle tous les jours !). J’aime qu’on m’aime. Tout le monde aime ça, mais comme Jean Chultez, je crois que j’aime plus que d’autres. Parfois j’ai l’impression de ne vivre que pour ça. Et moi, est-ce que je suis capable d’aimer ? Je me pose souvent cette question. Oui, sans doute. Mais j’ai besoin qu’on ait confiance en moi, qu’on me sente capable de faire les choses, qu’on me pousse vers l’avant.
Mes regrets acidulés…
J’ai besoin du regard des autres, et pourtant, comme un scorpion qui veut traverser la rivière* je tue ceux qui me donnent ce dont j’ai besoin. Et là sont certains de mes regrets. Ces regards que j’ai perdus, consciemment, par mes choix, justement. Certains que j’ai fait et que je regrette. Ceux que j’ai fait quand j’étais ados ou jeune adulte, je ne peux que difficilement les regretter, parce que c’est dur de prendre des décisions en toute connaissance de cause à cet âge. Mais les décisions prises ces dix dernières années, je ne peux pas les réfuter, ce sont bien celles d’une personne adulte.
Oui, je regrette, aujourd’hui je l’avoue. J’aurais finalement ne rien dû dire, et me contenter de prendre, de m’abreuver de ces regards. Sans rien faire, ni rien dire, qui puisse changer quoi que ce soit. Mes paroles vont loin, trop loin. Elles cassent quelque chose. Et je le sais, parfois même avant de les dire, mais je ne peux pas m’arrêter. Il n’est plus possible de retourner en arrière, d’avoir à nouveau ce que j’ai eu et repoussé, d’une certaine manière.
Alors je continue, avec ce vide à combler,
Et je me dis que comme chaque fois, je trouverais quelques pelletées pour le remplir, ce vide que je ressens, même si petit à petit, le trou se fait plus grand, plus profond dans tous les sens du terme. Comme un récipiant dans lequel on mettrait de l’eau, et dont j’enlèverais le bouchon, sans pouvoir m’en empêcher, et viderais aux trois quart, en soupirant ensuite qu’il ne me reste qu’à en remettre.
Mais que ferais-je quand iln’y aura plus d’eau ?