Témoignage de maman : "Maman d'un ange"

Publié le par Cornélia

Cornélia, qui a eu 4 grossesses, nous a livré récement le récit de son dernier accouchement.

Aujourd'hui, elle nous fait part de son premier accouchement. Très touchant, les larmes couleront sur vos joues.

Merci Cornélia de me laisser publier ce commentaire, maintenant tu es maman de trois beaux enfants, et tu as su te relever de cette épreuve !

 

17 Septembre 2000

 

Ce matin là, la vie me souriait encore. Je me souviens du soleil qui perçait mes fenêtres alors que je venais de monter doucement les volets. Mais tout cela n’était qu’illusion alors que j’entamais mon sixième mois de grossesse.

Un petit garçon m’avait-on dit lors de la dernière échographie. Nous en étions heureux et avions déjà eu de petites affaires de parts et d’autres… Je me souviens comme si cette journée ne s’était jamais arrêtée, je m’y vois toujours aussi profondément. A ce moment là, nous n’étions pas encore mariés mais vivions naturellement ensemble dans un appartement.

Lui avait ses loisirs et devait s’y rendre ce matin là. Le ventre commençait à durcir sous mes pas, pourtant je ne forçais jamais mes faits et gestes. Comment savoir ce qu’il se passait en mon corps gonflé. Comment distinguer des contractions lors d’une première grossesse, je n’en savais absolument rien. Je me vois allongée sur mon canapé essayant de souffler doucement mais cela n’y faisait rien. Cette dureté revenait sans cesse et s’approfondissait tout de même. Mes mains restaient poséees sur la paroi qui enfermait mon enfant. Plus un mouvement de sa part.

La panique monte doucement en moi et l’envie de ne pas faire paniquer mon entourage également. Je reste là, allongée, les larmes qui doucement humidifiaient mon visage. J’avais l’impression que le temps ne passait pas, mais doucement je commençais à ressentir les douleurs d’une mère. Une mauvaise intuition commençait à envahir mon esprit. Mes mains ne quittaient pas mon ventre arrondit par ce petit garçon, comme pour l’emprisonner. Mes yeux restaient plantés sur cette horloge qui était suspendue dans le salon. J’attendais…mais quoi ? Midi commençait à pointer ce qui me rassurait quelques peu. Il allait bientôt revenir et pourrait donc me conduire à l’hôpital le plus proche. Mes mains s’humidifiaient sous la peur qui m’envahissait. J’avais comprit ce qui allait arriver, mais ne voulais pas y croire. Non, comment accepter que son corps perde la tête ?

Enfin dans les bras de mon aimé, je pleurais et pleurais encore tout en lui expliquant la situation. Nous étions bien jeunes encore mais avions toujours la tête sur les épaules. Il m’accompagna à la voiture et commença à prendre la direction des urgences. La route semblait ne plus finir, et les contractions ne s’arrêtaient. Les voitures défilaient de part et d’autre, l’hôpital se laissait voir au loin, accompagné par les ambulances qui y défilaient. Le soleil avait laissé place aux sombres nuages, un mauvais présage. Arrivés aux urgences, quoi de plus important pour eux que leurs papiers d’admission, et leur temps d’attente. Une infirmière se réveilla et me guida dans un fauteuil roulant vers les salles d’accouchement. Là, il fallait continuer les papiers d’admissions et remplir un dossier médical en répondant à des questions à n’en plus finir. Des cris d’enfants qui venaient de pointer leurs petits nez pour le plus grand plaisir de leurs parents étaient audibles dans cette partie là de l’hôpital.

Et moi j’étais là, à attendre que l’on se décide de suspendre les questions pour enfin voir ce qui n’allait pas. Pour moi tout cela était bien trop long à ce moment là. Toutes ces questions étaient à mes yeux d’un inutile sans nom. Une des sages femmes arriva, m’emmenant dans une autre pièce dotée d’un fauteuil gynécologique et nombres appareillages tous aussi effrayants les uns que les autres à mon goût. Me voilà posée sur ce fauteuil la peur du diagnostique au ventre. La main gantée s’approchait afin de déceler ce qui était alors indécelable. Un gel froid glissait en même temps sur mon ventre également dénudé pour une échographie. Le cœur battait parfaitement. Pourquoi mon corps me faisait ressentir tant de mal ? Que voulait il me faire passer comme message ?

Apparemment tout semblait pour le plus normal du monde. Elle me guida a nouveau dans la pièce de départ et me posa un monitoring pendant une heure. Celui-ci indiquait les pics qui durcissaient toujours autant ce ventre gonflé. Mes yeux rivés sur ce papier qui défilait en même temps que les aiguilles du temps trottaient. Tout cela me paraissant long. Mais rien, tout semblait normal selon la sage femme qui était en charge de mon « cas ». L’heure passait et on m’annonça que je pouvais rentrer sans crainte. Direction le parking de l’hôpital, toujours autant angoissée qu’en y allant. Une incompréhension totale sur ce qu’il se passait. Retour à la maison, 15 heure environ, le cauchemar ne fait que débuter. Les contractions continuaient tout en s’approfondissant toujours. Mes mains se crispaient sur ce que je trouvais devant moi. Un besoin intense de me rendre aux toilettes et là… Du sang !

Que m’arrivait il ? Pourquoi moi ? Les larmes commençaient à perler grandement sur mes joues brûlantes de peur. Plus de voix, plus le courage de me relever durant quelques minutes. Une forte envie de hurler ma douleur de maman. Et dire qu’une heure avant on me disait que tout allait bien et que je devais me reposer, simplement. Un grand froid glacial me traversa à la vue de ce sang qui s’échappait de mon corps déboussolé. Plus rien a y comprendre, cette dure émotion monta en moi. Celle qui vous prend quand tout va mal. Je pleure et me relève. Ma gorge nouée, je retrouve mon aimé dans le salon, blanche comme un linge. Comment lui dire que tout va mal ? Comment annoncer qu’il faut retourner à l’hôpital alors qu’on en vient ? Pas le temps de réfléchir, je prends mon sac et l’entraîne vers la voiture en pleure. Il avait comprit, sans lui avoir dit. Les regards posés sur lui avaient largement suffit. Ces regards de craintes, les traits du visage tirés par la tristesse et la peur, n’avaient pas besoin de mots.

Nous repartons donc vers le centre hospitalier rapidement, passage très rapide cette fois aux urgences, je suis directement emmenée en salle d’accouchement pour de nouveaux examens. Le constat du sang les auraient ils éveillés ? Là je suis comme les petites souris blanches. Un médecin, des sages femmes, des étudiants en médecine et accouchement s’étaient rassemblés autour de mon corps qui avait été mis à nue, pour tester un de leur nouvel instrument de travail. Des fils patchés de partout sur mon corps. Une très grande timide comme moi… La pudeur n’avait plus sa place en ce lieu fourmillant de monde. Je ne vois plus que des blouses blanches, des blouses rayées en rose et blanc et les fils collés sur moi. Le monitoring retrouva sa place à mes côtés. Je panique vraiment. Ce sang me revient sans cesse aux yeux, comme une gifle sur un visage. Les papiers défilaient sur leurs appareils. Les contractions étaient très présentes et ne voulaient plus me quitter. Et voilà qu’on me dit que je reste en observation dans le service maternité pour la nuit. Je suis donc transférée à l’étage gynécologique.

Une chambre double où se trouvait une autre future maman. Bien, au moins je pourrais discuter un peu. L’infirmière ne tarde pas de me ramener des cachets bien vite remontés en rejets et se retrouvant au sol. Je la fais appeler pour qu’elle le voit, mais rien. Ce qui aurait du arrêter ces maudites contractions n’ont pas été remplacés. Pourtant elle avait bien vu et constaté. Là j’ai envie de crier ma colère contre la terre entière alors que le papa de l’enfant que je portais était rentré chez nous chercher des affaires pour la nuit. Je me souviens que la jeune femme avec laquelle je partageais la chambre était partie à la salle de bain afin de chercher son déodorant pour ne pas avoir de nausées à son tour. Personne ne bougeait, juste un plateau avec un bout de pain et un petit morceau de fromage posé pour moi, sur la petite table. De quoi nourrir un veau… ! Je ne ressentais qu’à ce moment là juste une forte envie de pleurer et rentrer chez moi. Je mange, non pas a ma faim, et redemande de quoi arrêter mes contractions, mais rien. L’infirmière m’annonce que j’en avais déjà eu… On ne me posa donc pas de perfusion suite à mes soucis d’avaler ce fichu médicament. Je n’avais plus qu’à prier… Mon compagnon de retour, je pouvais me préparer pour la nuit. Bandes hygiéniques en pagaille et mes yeux pour pleurer !

La nuit commençait à tomber et lui devait rentrer chez nous pour devoir travailler le lendemain. Je m’ennui à regarder la télé avec ma « colocataire ». J’essayais de chasser mes idées noires mais rien n’y faisait. L’infirmière arrive, prise de température faite, je redemande un médicament, en vain. Ma haine monte doucement gardant mes mains sur ce ventre pour garder mon enfant près de moi. Avait elle la berlue quand elle regardait un peu avant ce sol souillé ? Fallait il se rabaisser à mettre genoux à terre pour être soignée ? Tant pis, je prends mes affaires et me dirige dans cette petite salle de bain. Me laver, laver ce sang qui doucement longeait mes jambes sous l’eau qui coulait sur mon corps dément. Je me recouche, la haine figée sur mon visage, les yeux plantés sur cette maudite télé ! Heureusement que ceux-ci commençaient à fatiguer, tout autant que moi d’ailleurs. Mais mes sombres idées ne me quittaient plus, pas plus que le sang qui s’échappait de mon corps. Je me lève plusieurs fois dans la nuit constatant que rien ne changeait. Ce sang était toujours aussi présent que mon envie de hurler. Un calme plat était audible dans les couloirs. J’avais du mal à retrouver le sommeil. J’avais l’impression que le temps était figé et que plus rien ne vivait autour de moi. Quelques gyrophares allumés laissaient passer leur lueur par les petits trous du volet mal fermé.

 

18 septembre 2000

 

La lueur du jour me réveille, également les tiraillements des contractions présentes. Un passage aux toilettes, je constate. Ras le bol, je fonce chez les infirmières. Une sage-femme était justement là. Je lui raconte ma nuit, je lui explique pour mes saignements, mais également pour les médicaments non remplacés. Là, on me pose carrément en coupable. « Mais Mademoiselle, il fallait les demander ! » Les demander, les demander…Je n’avais fait que cela, les demander ! Là, elle m’emmène dans une petite salle de consultation dotée d’un fauteuil gynécologique. Me revoilà repartie pour des examens. Son sourire narquois s’efface en découvrant que le col est totalement dilaté. Bien sur ! Comment aurait-il pu être autrement !

Elle me pèse, me couvre et m’emmène immédiatement en salle d’accouchement. Mes nerfs s’emballent, je me sens tremblante. Je ne cesse de trembler à l’idée de devoir accoucher. Mes larmes coulent sur mes joues comme un violent torrent entre des rochers. Tout le monde s’affaire autour de moi. La sage-femme, accompagnée par le gynécologue de garde, fait une échographie pour connaître la position de l’enfant à venir. Pas vraiment de chance, une césarienne en urgence est de mise. Moi qui n’avait jamais subit d’opérations de ma petite vie allait me retrouver sur une planche a découper ! Et mon compagnon qui ne répondait pas au téléphone alors qu’il devait être mit au courant. Du monde, que de monde autour de moi. Des infirmières pour poser perfusions et sondes. Les aides soignantes armées de rasoirs pour faire disparaître chaque poils et duvet pour l’opération. Une couverture chauffante posé sur moi en attendant le déplacement en salle d’opération, j’avais l’impression qu’ils étaient encore plus niais que cette infirmière qui ne m’avait pas remplacé ce comprimé. Je ne tremblais certainement pas de froid ! Juste de peur !!

La peur de perdre mon fils tant attendu ! Et voilà qu’on me traîne vers les salles d’opération. Les néons au plafond défilent rapidement, un petit tour en ascenseur pour couronner mon petit périple hospitalier, me voilà en salle d’opération ! Là, le drap ou j’étais couchée commençait à se relever par ces huit mains soignantes. Un, deux, trois, et me voilà sur la planche à découper. Un drap vert épais se coucha sur moi doucement, laissant juste l’ouverture nécessaire à la césarienne. Les préparations continuent rapidement. L’anesthésiste arrive avec son masque chargé d’air… Il le pose doucement sur mon visage…sans m’en rendre compte, je m’endors. L’obstétricien fait son travail. Celui qui me regardait précédemment avec une grande peine aux yeux, m’entaille de dix centimètres le bas ventre. Lui savait ce qui allait se passer. Lui avait comprit. Il avait également perçu ma détresse de maman.

Pas un cri de nourrisson audible à mes tympans, pas un son, le silence ne régnait plus qu’en moi. Plongée dans un profond sommeil, il n’en pouvait être autrement. Il ne leur a fallut pas plus de quinze minutes pour mettre l’enfançon au monde. Le bébé prématurissime. Ce petit être qui avait grandit en moi. Posé dans sa couveuse, « branché » immédiatement, il s’éloigne rapidement vers l’hélicoptère qui l’attendait impatiemment au dehors. Je me réveille doucement, mais pas comme toutes les mamans. Un silence plombant fusait dans la salle de réveil, des chuchotis insupportables, le tensiomètre à mon bras. Je bouge doucement la tête de gauche à droite afin de percevoir ce qui m’entourait alors. Des lits, des endormis et moi. Je pose doucement ma main sur mon ventre vide. Un vide atroce.

Les larmes perlent en silence sur mes joues. L’envie de parler n’était plus. Je ne savais alors pas encore où se trouvait notre enfant. Je dois rester encore un peu en salle de réveil, personne ne me disait rien. Mais je pleure, je pleure toujours en silence en attendant d’avoir mon intimité. La douleur d’une mère paniquée. Le visage ternis par les questions tragiques qui m’hantaient à ce moment là. Etait il en vie? A-t-il survécu à la naissance? Où était il? Le verrais je? Grandirait il à nos côtés? Une infirmière s’approche de moi, un triste rictus au bord des lèvres… L’annonce fatale allait me fouetter le visage. Mais non, le petit garçon qui avait grandit en moi, mesurait 25cm et pesait alors 625gr. Mais on m’annonce qu’il est possible qu’il ne s’en tire pas indemne. Elle me dit ensuite que je ne pourrais le voir pour le moment, qu’il avait été transféré dans un centre hospitalier spécialisé. Grand dieu pourquoi moi ?! Sa main posée alors sur mon bras, comme une mère aurait pu le faire, je ne suis pas plus rassurée.

Elle me débranche doucement tout en me parlant. Je n’avais rien à dire pour ma part. Rien ne sortait de ma bouche scellée. Comme un coffre fort renfermant quelque chose de précieux, moi je renfermais un lourd sentiment. Celui d’une mère perdue. Elle appele sa collègue, les yeux de pitié commencent à se poser sur moi. Un regard violant. Une chose insupportable qui gifle un visage meurtrit par la peine. Comment réagir à cela, je ne savais pas encore. Je suis forte et sous le choc, rien ne paraît plus sur mon visage. Etait-ce un mauvais rêve ? Eh bien non, une dure réalitée qui s’offrait de force à moi. Une chose dont personne n’ose douter quand on attend un enfant. Un refus d’y penser également. Beaucoup se sentent intouchable, mais la vie et le destin, vous démontrent bien des choses cruelles.

A nouveau, les néons défilent au-dessus de mes yeux tristes et pleins de larmes. Retour au second étage. Là on m’isole dans une grande chambre verte, toute seule. Ma famille ou du moins une partie de celle-ci m’attendait. Je me souviens de leur regard triste se posant sur moi, rien à voir avec ces regards de pitié qui me brûlaient les yeux. Pour eux aussi ce fut un moment douloureux et rempli de questions. Moi j’étais là, muette, muette plus que je ne l’ai jamais été. Les mots n’avaient pas leur place, l’envie de parler non plus… Quoi de plus compréhensible finalement. Beaucoup de monde défilait dans ma chambre, tel un triste bal. Une dame arrive avec les papiers de naissances à signer et a porter à la mairie. Le certificat de naissance. L’obstétricien arrive également, se voulant tout aussi rassurant que possible. Je l’entends encore me parler. Il a été droit et n’a pas essayé de me cacher la vérité. Un homme respectable, juste et bon. Je buvais chacune de ses paroles tout en ravalant ma salive. Mon regard était vissé dans le sien à ce moment là. La main de mon compagnon se posa sur moi. Lui aussi engloutissait les paroles.

Le médecin lui annonce qu’il pouvait aller voir leur fils dans l’après midi. Là je sens sa main se resserrer sur moi. Un programme bien chargé ce jour là. Rien à manger pour moi ce midi là. Il faut attendre les « gaz » me dit-on alors. Moi qui jamais n’avais été opérée ne savais rien de tout cela. Attendre, il ne fallait qu’attendre sur tout et de tout. D’abord attendre que l’on s’occupe de vous correctement, puis attendre une nuit entière dans une torpeur sans nom. Attendre de voir son fils et pour finir attendre de pouvoir manger. Heureusement que ma maman m’avait préparé un gant de toilette mouillé afin que je puisse m’humecter mes lèvres scellées. Finalement, je n’aurais rien pu avaler, tant la situation me prenait à la gorge.

Le moment était venu pour mon compagnon d’aller à la découverte de notre fils, Fabrice. Accompagné de nos mères, il se rendit dans un grand hôpital spécialisé en néonatologie. Equipé pour accueillir les prématurés et très grand prématurés. Moi j’étais là, allongée dans mon lit avec ma sonde a urine qui pendait a mes côtés. Rien de plus normal me dira t-on, mais pour moi, cela ne l’était pas. Une maman doit être aux côtés de son enfant, le toucher, lui transmettre sa force intérieure. Lui faire sentir tout simplement qu’il n’était pas seul. La colère restait en moi, ne me laissant ne serait- ce me reposer. Pas le temps au repos avec toutes les pensées qui fusaient à ce moment là. Ma gorge s’asséchait de plus en plus à force de silence. Je posais mon gant de toilette sur ma bouche pour garder une certaine humidité. Mes mains tiraillaient mes draps sous mes impulsions de colère. Le temps semblait s’être figé. Le calme plat d’un fond de couloir, comme engouffré au fin fond du bâtiment où je me trouvais. Je soulève le drap doucement, puis ma blouse…

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Là je vois mon ventre bandé, de la bétadine de partout, un petit tuyau planté dans mon bas ventre qui me révéla comme une seconde sonde, à saletés. Et voilà qu’à ce moment là l’infirmière arrive avec des cachets qui coupent la montée de lait. Comme si elle savait ce qui allait se passer par la suite. A croire qu’elles ont la science infuse. Ma colère monte doucement à mes yeux triste et fatigués. Je frôle la démence de peu. Pourquoi moi ? Je me suis souvent posé là question du pourquoi moi ?! Personne ne savait pourquoi. Cela devenait tellement fréquent et banal aux yeux de certains… Le papa de retour, je vois cette tristesse dans ses yeux, ce qui ne me rassurait guère. Là il me donne deux petits polaroid de notre fils. Je me souviens, on apercevait ses petits cheveux blonds qui dépassaient le minuscule bonnet de naissance, ses yeux clos, sa bouche obstruée par le respirateur. Des petits autocollants, presque plus grand que lui collés sur sa poitrine, qui reliaient des cordons à toute cette technologie. Un tensiomètre qui était aussi large que la longueur de son bras. Pourtant il avait l’air si paisible, si serein. Je garde ces photos en main, les serrant tendrement contre mon cœur de maman. J’aurais tant voulu pouvoir le toucher, le regarder, le serrer contre moi, comme toutes les mamans le faisaient d’habitude.

La nuit tombe doucement, les volets se referment laissant apparaître une nouvelle fois les lueurs qui illuminaient les environs. Tout comme la nuit arrive, les gaz également. Je le signale, et on me ramène donc deux biscottes et de la tisane, verveine…J’essai de m’alimenter, non sans mal. Rien ne voulait passer, la peur au ventre, mon estomac refusait se qui arrivait. Mon compagnon rentra a nouveau chez nous, se reposer également. A vingt deux heure trente, l’infirmière fait irruption dans ma chambre, suivie d’une autre. Elles posèrent leurs mains sur moi. L’une sur mon bras, l’autre sur ma jambe. La lumière n’avait pas été allumée, mais je voyais leur regard. Ce regard qui ne trompe pas. Ce regard qui ne sait pas vraiment comment annoncer les choses. Doucement elle prit une voix aussi rassurante que possible et m’annonça que le petit était prit d’une hémorragie cérébrale. Elle me dit ensuite qu’il ne serait plus des nôtres dans les minutes qui allaient suivre ses dires et qu’il ne souffrirait pas. Je demande a rester seule et qu’on appelle le papa afin qu’il soit mit au courant. Elles repartirent comme elles étaient venues.

Cela avait été bien vrai, même pas cinq minutes après, elles étaient de retour pour me gifler le visage de leurs paroles que je n’avais pas envie d’entendre. « C’est fini mademoiselle, il n’a pas souffert, soyez en certaine. » Je serre les photos contre moi, pleurant toutes les larmes de mon corps en attendant l’arrivée de mon compagnon. Ma famille fut avertie également. Tous arrivèrent ensemble, plantant leur regard rempli de peine et de profonde tristesse sur moi. Mes parents, ma sœur et mon frère accompagnés chacun de leur compagnon et compagne respectifs. Tous en pleurs devant cette triste réalité. Je leur montre encore les photos de mon Ange. Je me souviens qu’ils étaient sortis ramener les photos aux infirmières, je n’avais alors pas le courage de les garder. Juste mon papa était resté à mes côtés et je me souviens encore de ses paroles, alors que je le voyais pleurer pour la première fois. « Fabrice est chez les Anges maintenant, il y sera heureux et veillera sur toi ». Là, j’ai fondu en larmes une fois de plus, devant le regard de mon père que je n’avais jamais vu comme cela, ce rictus de tristesse sur ses lèvres m’a profondément marquée.

J’entends ma famille pleurer autour de moi, j’en faisais autant, mais aucune parole ne sortait de mes lèvres scellées par mon mal. Jamais, Ô grand jamais je n’avais osé imaginer une telle situation. Je m’étais mise à penser à ma tante ainsi qu’a mon amie qui portaient toutes les deux leur premier enfant et priait fortement que cela ne leur arrive pas. Ma famille reste quelques moments encore à mes côtés jusqu'à mon endormissement. Tous aussi gentils les uns que les autres, je savais sur qui je pouvais compter dans ces moments là. Je ne me souviens pas les avoir vu partir ce soir là, ma fatigue et ma tristesse m’avaient emportés dans un profond sommeil.

 

19 septembre 2000

 

Je me réveille, vide de tout, vide d’émotions et pleine de tristesse face à ce cauchemar. Etait-il bien réalité ? Je pose mes mains sur mon ventre afin de m’apercevoir que oui. Tout était fini, l’enfançon que je portais dans mon antre s’était réellement éteint, mais tout cela était dur à croire. Les visites macabres commençaient ! L’obligation de se lever pour éviter toute phlébite. Les sacs d’urines changés régulièrement, la petite bouteille rattachée au tuyau planté sauvagement dans mon ventre également. Le bal du personnel soignant n’arrêtait plus ! L’envie d’être tranquille et seule m’était impossible. Et toutes ces démarches lugubres en prévision ! Comment gérer cela, quelles décisions prendre ? Enterrement ? Incinération ? Nous avions opté pour cette dernière solution. Le petit loin de moi, fut donc baptisé post-mortem par l’aumônier de l’hôpital ou avait été transféré le petit Ange en présence de son père ainsi que des grand-mères. Encore une chose ou je me sentais impuissante et qui me donnait l’impression de faillir a mon rôle de maman.

Mais quel était réellement mon rôle a présent ? Faire bonne figure et montrer quelle force était en moi ? Cela je le faisais depuis la salle de réveil… Signer des papiers de naissance et de décès ? Oui…c’était bien cela qu’était devenu mon rôle de maman. Mon rôle était également celui d’appeler ma tante qui portait son enfant et de la rassurer. Je savais que cela allait profondément la toucher et je me devais de lui parler. Je l’appel, et c’est en pleurs qu’elle me répond. Quoi de plus normal après tout ?! Je lui parle et essaie de la rassurer sur mon état d’esprit. Elle m’avait dit qu’elle ne viendrait pas me voir pour ne pas me faire souffrir d’avantage. Mais mon désir le plus intime était de la voir. Pouvoir l’accompagner dans son bonheur de devenir maman a son tour. Nous avions partagé tant de mois de grossesse qu’il fallait le continuer jusqu’au bout. Mais rien ne la fera changer d’avis et elle ne pointa pas le bout de son ventre rond dans ma chambre d’hôpital.

 

20 septembre 2000 au 25 septembre 2000

 

La nouvelle fit rapidement le tour de la famille et des amis. Le 20 septembre 2000, un mercredi. Je me souviens que ma grand-mère était venue me voir, accompagnée de sa tante. Mon amie qui portait un fils en son ventre s’était rendue à l’hôpital avec sa sœur. Je me trouvais à la fenêtre a ce moment là et m’étais préparée à leur venue. Mais personne, sans doute qu’elle était venue pour un contrôle pour sa grossesse. Ce n’est que plus tard que j’ai appris qu’elles n’avaient pas osées franchir le pas de ma porte en entendant des voix dans ma chambre. Mais sur le moment j’étais un peu triste qu’elles ne soient pas venues. Toute la semaine les gens défilaient dans ma chambre, un bouquet à la main, une plante verte pour certains. Je serais peut-être méchante en disant cela face a tant de gentillesse mais ce n’est pas réellement ce dont j’avais le plus besoin ! Des cadeaux ? Pourquoi offrir des cadeaux quand le mal opère ? Serait-ce une fête pour certaines personnes ? Je sais que cela n’était que de bonnes intentions mais moi je voulais mon fils ! Le tenir dans mes bras comme toutes les mamans ! Lui donner l’amour qui avait en moi et que je ne pouvais donner a ce moment là.

Les infirmières ne tardèrent pas à m’envoyer la psychologue afin que je me libère de mon mal mais rien n’y faisait, j’étais loin de dévoiler tout ce qu’il y avait en moi. J’évitais le plus possible cette macabre discussion avec elle et parlais finalement de tout sauf du mal qui bouillonnait en moi comme de la lave dans un volcan prêt a éclater. Je n’attendais qu’une chose, qu’elle s’en aille ! Vite, très vite ! Je ne voulais plus la voir, je n’en avais pas besoin. Une inconnue qui voulait parler de mon mal, je ne comprenais pas a ce moment là ce qui pouvait passer dans leur tête de m’envoyer une psychologue, je n’étais pas folle je venais de perdre mon enfant tant attendu et déjà tant aimé ! Les années passent, la douleur ne fait que grandir...

 

Le cap des 10 ans, le pire pour le moment. Dans ma tête, tout reste embrouillé... Il me fallait faire un hommage. Une chose qui serait pour moi une délivrance. Mars 2011, je décide de faire ancrer sur ma chair a l'encre noir un bébé ange... Un jour je le rejoindrais et il me portera avec ses petites ailes d'ange...

Publié dans Témoignages de mamans

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O

Cornélia,


Vous trouverez ça peut-être un peu creux, de la part d'un inconnu, mais si être lue vous apaise, eh bien que nos larmes de compassion vous soulagent tendrement. :) Etant croyant, j'abordais cette
idée étrange de dédier sa souffrance à Dieu, en pensant à Jésus. Il se trouve que je suis tombé sur votre texte, au moment même où je lisais le livre "Vie de Marthe Robin", à la page suivante.
Comme quoi, le chemin des uns recoupent souvent celui des autres.


http://www.whiteflag.fr/trucs/marthe3.jpg


Olivier.
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C

Merci a vous, Olivier. Je ne trouve pas cela déplacer et encore moins révoltant, j'ai appris a vivre avec ma souffrance, ce qui est normal au bout de 12 ans. Chacun vit son deuil a sa façon, le
mien a été de décharger ma souffrance sur ceux qui me lise, vous en quelque sorte...


 


Laet, mes deux grands savent qu'ils ont un grand frère tout là haut. Ils savent aussi pourquoi il n'est pas là et ceux depuis bien longtemps. Ils exigent de venir avec moi au cimetière et aussi
d'y déposer chacun sa rose. Ils s'en défendent également lorsqu'on leur demande combien de frères et soeur ils ont. Fabrice est tout le temps compté avec, même si malheureusement il ne sera
jamais avec nous physiquement. Mais je sais que quelque part il veille sur nous...
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I


C'est bien pour eux de l'avoir su tôt car cela compte tellement pour les parents !



L

La peur de toutes les mamans ..... Avant l'accouchement, pendant la première années et toutes les années qui suivent, toujours un danger qui guette nos têtes blondes ou brunes, le seul décés dont
on ne se remet jamais. 


Un enfant ne se remplace pas, il aura toujours sa place dans vos vies et n'hésitez pas a en parler a ses frères et soeurs. 


Merci de nous avoir fait partager ce moment de vie, après l'avoir lu, nous aurons toutes une pensée pour Fabrice.


Laeti
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I


J'ai souvent cette angoisse, je l'avais eu pour le premier et maintenant, avec l'arrivée du second, je retrouve cette petite peur tapie au fond de moi...



O

Merci, Ô merci !
Répondre
O

Bonjour,


même si votre souffrance est unique et que je ne peux la partager, les larmes ont coulé sur mes joues en lisant ce texte. Si j'ose vous laisser ce message, c'est par sincère compassion, croyez-le
bien. Alors, voilà : je vous invite, Cornélia, à cliquer sur le lien ci dessous et lire l'article correspondant. Pardonnez moi de vous guider vers ce texte, vous trouverez cela déplacé,
incompréhensible, révoltant, odieux. Mais, croyez bien que je ne le ferais pas si je n'y voyais un remède véritable à vos souffrances.


 


http://www.croire.com/Definitions/Vie-chretienne/Souffrance/Faut-il-offrir-sa-souffrance


 


Affectueusement,
olivier.
Répondre
I


Je suis sûre que la personne qui a écrit ce témoignage vous lira.