Mathilde et le Trésor

Publié le par Isabelle Gabay

J'ai écrit ce conte (inspiré bien sûr de mes lectures de jeunesse) pour un concours à l'époque où je jouais à un jeu sur Internet...

 

Dans une petite étable, dans une ferme un peu à l'écart de la route, Mathilde s'appliquait.

La langue sortie, les sourcils froncés, elle était en train de traire la vache, qu'elle avait surnommée Germaine.

Mathilde aimait bien donner des noms aux animaux, les vaches, les brebis, les poules dans la cour, et même le dindon avait son petit nom. 

Mathilde essayait d'avoir le même rythme que son beau père. Lui était rapide, et tout aussi prompt à la houspiller s'il estimait qu'elle allait pas assez vite, aussi elle tachait de faire de son mieux.

Pas facile, quand on a une dizaine d'années, de bien viser le seau en bois sous la vache. En plus l'animal n'arrêtait pas de bouger, sans doute comprenait elle que la petite fille n'était pas habituée.

C'étaient ses premières traites, sa mère venait de se remarier avec cet homme de la campagne, et jusqu'à présent, Mathilde n'avait jamais vécu à la ferme.

 

La trajectoire hésitante de la petite fille manqua de peu le récipient, et elle laissa échapper un petit « zut » se mordant de suite la lèvre, et vérifiant qu'il ne l'avait pas vue,  puis elle continua à presser les pis de la vache.

 

                                                                           ***


Le travail se faisait dans la monotonie, avec en fond sonore le bruit des carrioles, charrettes et calèches qui passaient sur la route non loin.

Alors de temps à autres, elle se laisser aller à rêver que l'un d'elle la ramènerait au village.

C'est pas qu'elle n'était pas bien à la ferme, mais le nouveau mari de sa mère, et surtout ses deux filles, étaient très méchants avec elle, et elle n'avait que peu le temps de jouer...

  Un instant plus tard, elle entendit soudain un cri au loin :

 

Mon Trésor !

Revient ! Arrêtez la calèche !

 

Une voix de jeune garçon, assurément, il devait avoir son âge à peu près, et tout en se demandant, le sourire aux lèvres, de quel trésor ce petit garçon pouvait bien parler, Mathilde en oublia la vache, le regard tourné vers le lointain qu'elle apercevait par la porte de la grange ouverte.

Papa ! Regarde, elle s'est arrêtée !

 

Mathilde fut tirée de sa rêverie par la voix égrillarde de l'un des filles du beau père, Sarah. Rentrant instinctivement la tête dans les épaules, elle s'attendit à une brimade immédiate de la part de cet homme aux mains calleuses. Il arriva bien vite, regardant le seau encore peu rempli, et de sa grosse voix de stentor la rabroua :


  Mathilde, combien de fois je t'ais dit de pas rêvasser quand tu trait les vaches !

Allez, remets toi vite au travail ! 

Puis roumegant en repartant vers son établi, il continua dans sa barbe.

Décidément, on pourra rien en faire de cette petite incapable !

Faudrait la vendre comme serveuse, tient !

A sa droite, Sarah ricanait en la regardant. Elle était plus âgée de quelques années, et avec sa sœur avait pour amusement de la faire gronder par leur père. Peut être leur méchanceté leur venait du visage ingrat qui contrastait d'avec la grâce de la jeune Mathilde, qui, même pleine de boue des pieds à la tête, gardait une beauté angélique qui n'avait d'égal que sa gentillesse.

  Elle baissa la tête, et reprit donc une fois encore le travail de la traite, sous un léger beuglement de la vache qui s'impatientait. Dans sa tête, les mots du jeune garçon résonnaient encore, alors que les bruits de roues s'amenuisaient déjà...


Trésor !

C'est alors que quelque chose bougea un peu plus loin, dans le foin. Mathilde cligna des yeux, chercha à mieux voir, tout en continuant à essayer de viser juste le seau. Et elle vit alors, à son grand étonnement, un chaton, tout roux, jaune, et crème, qui sortait sa tête du foin !

Chuuuuut !

Ne viens pas, vite ressort !

Elle murmurait en regardant le chaton, à la fois émerveillée par la beauté de la petite bête, à la fois inquiète pour elle. Si jamais l'Oscar le voyait, il risquait de voir sa vie écourtée. Mais le chaton, attirait soit par la douce voix enfantine de Mathilde, soit, plus probablement, par l'odeur du lait tout chaud qui sortait des pis, continuait à avancer sans se soucier du danger  vers le seau de la demoiselle !

  Mathilde regardait partout, cherchant du regard si l'homme et sa fille étaient à portée de vue. Elle les entendit un peu plus loin, avec une autre vache.

Le chaton, lui, nonchalant, s'approcha du seau et entreprit de grimper. Léger, il arriva à se positionner les quatre pattes sur le rebord, et se pencha vers l'intérieur pour y laper le nectar que lui promettait l'odeur.

  Mais c'est alors qu'il tomba tout entier dans le seau dans un grand plouf !

  Et le chaton, se débattant pour en sortir, ne fit que renverser le seau qui roula à travers l'étable et se vida de son contenu.

  Rouge, les yeux déjà larmoyants, la pauvre Mathilde savait que cette fois, elle ne se ferait pas juste gronder.


Elle s'était déjà précipitée vers le seau et prit le chaton tout mouillé de lait, qu'elle cacha aussitôt dans son bonnet pour ne pas qu'il se fasse tuer par l'homme.

Elle en eut à peine le temps que déjà il était devant elle, et les yeux baissés, elle ne voyait que ses chausses sales.

  Aussitôt la grosse voix reprit le dessus sur les divers bruits alentour, et c'est d'un tonitruant

AU PLACARD !

qu'il accompagna un geste de la main tout aussi effrayant.

                ***

Partant en courrant, les larmes aux yeux, elle serrait contre son petit cœur le bonnet et le petit animal qui s'y tenait. Ce dernier ne bougeait pas, comprenant sans doute qu'après son exploit, mieux valait qu'il se fasse oublier. 

Le placard était une pièce tout au fond de la remise à côté, dans laquelle on rangeait les outils. Petite, puant le renfermé, sans une once de lumière, c'était bel et bien un cagibi et la gamine ne savait jamais combien de temps la punition durait.

Une fois il l'avait laissée passer la nuit sans même manger, mais alors elle avait cassé des assiettes.

Ne sachant trop se rendre compte, elle espérait que la perte d'un seau de lait était moins importante, et qu'elle pourrait dormir dans son lit, à défaut de manger.

 

De longues minutes passèrent, Mathilde assise les jambes en tailleur repliées sous elle, le bonnet installé là dans le creux. Elle cherchait avant tout à reprendre sa respiration, et les larmes se séchèrent petit à petit.

Alors enfin, elle poussa les rebords du bonnet, regardant, reniflante, le chaton... D'un doigt timide elle lui caressa la tête, tandis que l'animal après avoir senti l'odeur de la jeune fille, se laissait faire en ronronnant.


Aussitôt, une complicité s'installa alors et le chaton, en confiance, commença à faire sa toilette, trébuchant en se tortillant dans tous les sens pour se nettoyer partout.

Cela faisait rire Mathilde et son rire cristallin, une fois n'est pas coutume, sortait du placard dans lequel elle purgeait sa punition.

Trésor !
Tu t'appelleras Trésor !

Elle venait de se remémorer les mots du garçon sur la route non loin de la maison, et trouvait ce nom tout à fait adéquat au petit être qui lui donnait envie de rire, et pour qui elle avait bravé le courroux du beau père.

  Quelques heures passèrent, rapidement, entre des câlins donnés au chaton lové entre ses jambes, dans son bonnet, ou encore des jeux de cache cache de l'animal dans les outils de la pièce, un seau en ferraille, derrière une pelle.

Chaque fois la petite fille retenait sa respiration, espérant que leurs bruits n'attireraient pas ni les demi sœurs ni le père, mais bien vite devant les facéties du chaton elle en oubliait tout et riait de bon cœur...

Jusqu'à ce que...

Plus tard, elle entendit des bruits, mais au dehors cette fois. Quelqu'un arrivait vers le placard, sans doute venait il la délivrer de sa punition, mais le chaton était caché sous des stères posées là, et apparemment ne voulait pas revenir.

Viteeeeeeeeee ! Trésor, viens là !

La petite chuchotait pour ne pas mettre la puce à l'oreille de l'homme, et l'animal toujours voulait jouer. Les pas se rapprochèrent dangereusement, et cette fois une tension était palpable dans la voix de Mathilde lorsqu'elle reprit :

Trésor tu dois vite venir là !

Elle tenta de l'attraper mais alors il se faufila, faisant au passage tomber la pelle tout à côté, heureusement sans blesser sa protectrice, mais cela fit un bruit métallique, et derrière la porte, la grosse voix tant redouté commença, d'un ton impatient et déjà irrité : 

Qu'est ce que tu fais encore la dedans ? Même dans le cagibi tu en fais des bêtises ?

On pourra vraiment rien faire de toi ?

Mathilde répondit d'une voix fluette, un peu apeurée, sachant qu'il allait ouvrir la porte, mais le chaton ne daignait toujours pas revenir dans le bonnet.

Non père, c'est que je me suis levée et la pelle a glissé. Il fait noir, si noir...

Déjà elle voyait la poignée de la porte tourner, et les grincements se firent entendre.

A ce moment, elle sentit la fourrure douce du chaton contre ses jambes, l'attrapa rapidement, le mit dans son bonnet, et se redressa juste au moment où.. 

La porte s'ouvrit, laissant apparaître la masse du beau père, imposant, le visage sévère. Il la dévisageât, cherchant à comprendre ce qu'elle pouvait bien cacher, car il commençait à la connaître et se doutait de quelque secret. 

Un peu plus loin, à l'extérieur, entre la grange et la remise, les deux sœurs, les filles naturelles, gloussaient en la regardant, salie de la poussière du cagibi, les yeux rouges.

Mathilde attendait que l'homme s'écarte pour partir vite avec son trésor entre les mains. Elle tentait de restreindre ses mouvements car l'animal devait encore vouloir jouer et commençait à gigoter dans son nid de fortune. 

Il s'écarta, la laissa partir. Elle alla en courrant vers une cabane perdue loin dans un champ appartenant à un voisin qui n'y venait jamais.

Elle y laissa le bonnet, le chaton, se promettant de revenir bien vite lui apporter à manger.

Pour l'heure, se soleil déclinait déjà, et si elle n'était pas à l'heure pour dîner, propre, elle se ferait encore punir et elle ne pourrait pas s'occuper de lui.

 

Lorsqu'elle se mit à table, mains lavées, robe dépoussiérée et minois débarbouillé, la première question de la mère fut, sur un ton si las que l'on eut cru que le monde lui pesait :

 

Où donc as tu fourré ton bonnet toi ?

 

Rouge, la petite fille bredouilla qu'elle l'avait perdu, mangea bien vite, cacha quelques morceaux de pain dans la poche de sa blouse, et dès qu'on le lui permit, partit dans sa chambre. Elle en ressortit dans la nuit, plus tard, pour partir en courrant vers la cabane...

 

 

                                                                           ***

 

Cette nuit là, Mathilde la passa en entier avec son nouvel ami, le seul d'ailleurs. En réalité, elle en avait pleins, les poules ou les brebis se laissaient caresser par la petite fille, mais il n'y avait pas ce regard complice entre eux. Alors qu'entre elle et le chaton, un sentiment fait de malice, de joie et d'amour semblait déjà lier les deux êtres.

Elle lui donna le pain volé au cours du repas, qu'elle avait trempé dans du lait avant de venir.

Les jours suivants, elle revenait autant de fois qu'elle le pouvait, entre deux traites, entre deux corvées infligées par le beau père.


Chaque fois, elle ramenait un peu à manger au chat dont l'appétit se faisait grandissant, et chaque fois leurs jeux devenaient de plus en plus amusants, Mathilde jouant à l'embêter gentiment, Trésor essayant d'attraper les rubans de la fille.

Et le temps passa, les journées, les mois, puis les années filèrent.

Le chat entre temps avait eu la permission de sortir de la cabane, et il partait dans les champs à la recherche de mulots, musaraignes ou autre nourriture qui subviendrait à ses besoins de félin. Il était devenu un grand chasseur, sauvage, mais toujours revenait à la cabane lorsqu'il entendait la douce voix, qui s'affermissait avec le temps, de la belle jeune femme qu'était devenue Mathilde.

Et lorsqu'ils se retrouvaient, chaque jour, ils jouaient ensemble dans l'herbe, ou bien Mathilde le prenait dans ses bras, et lui contait des histoires fabuleuses, que le chaton n'entendait point, mais il se laissait câliner et ronronnait pendant quelques heures.

 

Un jour, alors que justement son rire cristallin se faisait entendre de voir le chat tenter d'attraper un papillon qui virevoltait au dessus des fleurs de printemps, une calèche richement décorée s'arrêta un peu plus bas, car un jeune homme venait de crier :

 

Arrêtez la calèche !

 

Les mêmes mots qui avaient été prononcés, sans succès, quelques années auparavant à présent se faisaient obéir sans un murmure.

C'est que le fils du comte était devenu un jeune homme robuste, bien séant, et dont l'autorité naturelle ne se serait jamais faite contredire par le cocher vieillissant.

 

Mathilde, bien étonnée de voir une calèche à l'arrêt dans ce coin perdu, et curieuse de tout, tourna son visage vers la route, et vit alors le jeune homme descendre et mettre sa main en visière, regardant...

 

Au mon Dieu, serait-ce moi qu'il regarde ?

 

Aussitôt son visage s'empourpra. Il y avait bien quelques jeunots, moins âgés qu'elle, qu'elle fréquentait le dimanche après la messe, sur la place du hameau tout proche, mais c'étaient bien des camarades de jeux, et elle n'avait que peu l'habitude de croiser des hommes de son âge.

Et en plus voilà qu'il la regardait, et qu'il semblait, visiblement, donner toute son attention vers Mathilde...

Elle détourna la tête, gênée, et reporta son attention vers le chat qui jouait insouciant à toute cette agitation. Mais elle ne pouvait s'empêcher de tendre l'oreille, et lorsqu'elle entendit l'herbe s'agiter non loin d'elle, elle comprit qu'il venait dans sa direction.

 

Relevant alors la tête, le pourpre aux joues, elle se décida à regarder vers celui qui se tenait à présent à quelques dizaines de pieds.

 

Elle vit alors un visage si parfait, un ovale tout à fait bien dessiné, un nez mutin retroussé, un sourire éclatant, des yeux rêveurs d'un jeune homme qui, l'air distrait, semblait tout juste la remarquer. Il avait l'air plongé dans des réflexions que lui seul aurait comprit, regardant vers l'horizon, ses cheveux blonds comme les blés ébouriffés par le vent.

 

Plusieurs fois, il allait prendre la parole mais sa bouche aussitôt se refermait, comme s'il ne savait quoi dire. Mathilde, elle, toussota, devant l'incongruité de la situation. Elle ne pouvait décemment prendre la parole en premier, et devait donc attendre qu'il se décidât à prononcer un mot.

Le chat était partit dans la cabane, et l'on n'entendait plus alors que le vent dans le feuillage des arbres bordant le champ.

Enfin, il parla :

 

Bonjour, Damoiselle !

Veuillez pardonner ma question qui peut être vous paraîtra....

Pour le moins étonnante, n'est ce pas ?

 

Bien sûr, jamais vous ne pourrez sans doute répondre à cette attente !

 

La jeune femme se demandait de quoi il pouvait bien parler. Elle le regarda à nouveau, n'osant fixer le visage parfait du jeune homme, de peur de se montrer impolie. Lui s'humidifia les lèvres, sembla vouloir reprendre la parole, se ravisa.

Il leva les yeux alors vers elle et la découvrit, tandis qu'elle répondait, timidement :

 

Puis je tenter tout de même de vous aider, Messire ?

 

Leurs regards azurs se fixèrent l'un à l'autre, et à cet instant, même le vent parut s'arrêter de souffler.

Un temps comme l'éternité passa alors qu'ils se regardaient, souriants, deux jeunes gens, au milieu d'un champ tout leur paraissait irréel.

Le jeune homme reprit contenance et lui dit :

 

Pardonnez moi je suis Charles, fils du comte de Rochefortun.


Il y a quelques années je rejoignait mon père dans sa demeure, à l'Est du pays, et passait par cette route, un présent de ma mère dans les bras.

Mais ce trésor a justement disparu ici même et comment dire cela ?

 

Il sembla hésiter, se sentit bête, comment se pouvait il en effet ? Mais après tout, il continua :

 

Un chaton, roux, crème et orange qui se sauva alors que nous roulions, pressés par le temps le cocher n'a point voulu s'arrêter et...

 

A mesure qu'il parlait, Mathilde ouvrait de grands yeux, tellement étonnée à la fois de reconnaître dans ce jeune homme le garçon qu'elle avait entendu ce jour là !

Elle revit instantanément toute cette folle journée, l'arrivée du chaton, le seau de lait, le placard, leurs jeux plus tard dans la cabane...Les yeux perdus dans le vague, un sourire aux lèvres, elle fut interrompue dans sa rêverie par le toussotement du jeune homme qui déjà prenait congé, confus.

 

Comment auriez vous pu trouver un chat ici, n'est ce pas ? Je vous prie de m'excuser pour le dérangement, je n'aurais pas dû.

 

Revenez ! Messire !

 

Tandis qu'il se retournait et lui faisait face à nouveau de toute sa beauté et de toute son élégance, elle s'empressa de rajouter, si rapidement pour cacher son trouble :

 

Attendez, je l'ai votre Trésor !

 

Le visage rayonnant, elle s'en retourna vers la cabane et attrapa le chat qu'elle avait recueilli des années plus tôt.

 

Le plaçant dans les bras du jeune homme qui reconnut aussitôt le museau attendrissant du chaton perdu, ils se regardèrent tous les deux, pendant quelques secondes, le temps s'était arrêté...

 

 

Mathilde, empotée que fais tu donc par la bas ?

Tu embêtes le Messire ?

 

Le beau père arrivait déjà, haletant, rougeaud et empâté par trop de boisson et de chair, suivi de ses deux gigues de filles qui, des nœuds dans les cheveux, tentaient chaque jour de paraître moins ingrate, sans succès.

Elles se mirent à rire avec une telle incongruité que Mathilde hocha imperceptiblement la tête, et, soupirant, se retourna vers le trio, alors qu'Oscar rajoutait :

 

Messire !

En voilà une surprise !

 

Que puis je faire pour vous aider, dite moi ? Peut être l'une de mes filles peut elle vous être d'un quelqonque secours ?

 

Il avait accompagné sa phrase d'une révérence bien trop marquée, presque risible, et Charles le regardait à la fois interloqué, à la fois moqueur.

 

Il répondit alors, à la surprise générale :

 

Votre charmante fille, ici présente, vient de me faire la plus grande joie de ces six dernières années, aussi j'aimerais fort qu'elle m'accompagne au bal donné par ma mère pour mes vingt ans, au domaine de Mondor, à quelques lieues..

 

Il regardait Mathilde qui ne cessait de rougir et dont le regard se portait à présent sur le sol, tandis que son beau père rétorquait :

 

Cette souillon ? Je vous laisse plutôt emmener Sarah et Sonia, qu'en pensez vous ? Vous aurez ainsi deux fois plus de compagnie !

 

Que nenni, avec votre accord, ou bien sans, je choisis d'emmener avec moi la belle jeune femme que voilà !

 

Il venait de prendre Mathilde par le bras, délicatement, et s'inclina légèrement vers le beau père.

 

Regardant alors la jeune femme dans les yeux, il lui dit :

 

Empressez vous donc de prendre un bagage léger, je chargerais les dames de compagnie de mes sœurs de vous trouver des toilettes aussi belles que vous-même, leur tâche sera rude, assurément !

 

Croyant rêver, Mathilde n'attendit cependant pas que le sieur change d'avis, et courut prestement vers la masure prendre une besace. Derrière elle, les deux pestes courraient à ses côtés en braillant des méchancetés, elles ne comprenaient pas ce qui pouvait bien se passer.


Elle y enfourna quelques affaires, fit une bise au front de sa mère, qu'elle savait au fond d'elle qu'elle ne reverrait pas de suite, et s'élança rejoindre le jeune homme qui déjà l'attendait près de la calèche, feignant de s'intéresser à la discussion du beau père qui sûrement tentait de placer à nouveau ses deux filles naturelles.

 

Une fois arrivée devant le transport, elle dit d'une voix claire, tentant de cacher l'émoi qui s'emparait d'elle :

 

Je suis prête, Charles !

 

Et si il venait de changer d'avis ?

 

Le cœur de Mathilde battait la chamade, dans l'attente de la réponse du jeune homme dont elle espérait qu'elle ne serait point différente.

 

Montez, ma chère !

 


Lui répondit il, souriant, l'aidant à s'installer dans la calèche, puis montant à ses côtés.


Un signe de main, un ordre, et les chevaux se mirent en branle, avec cahotant sur le banc, Charles, Mathilde, et...

 

Trésor.

 

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