Ecritures et créations....

Publié le par Ludisabelle

Zoyas s’affairait. Le concours n’était que dans peu de temps, et, comme toujours, elle avait vu l’affiche et avait pensé :

 

Tu as le temps ma grande, occupe toi donc de ta garnison, de tes moutons, tu dessinera bien après !

 

Mais les jours passaient. Bien sûr, Zoyas, tous les jours, dessinait dans son atelier, mais point pour les festivités. Elle y faisait des croquis pour les gens du village. Zoyas la tisserande se plaisait à dire qu’elle habillait les villageois de tissus, et habillait leurs bannières de couleurs..

 

Ce soir là, elle rentra plus tôt. Décidée, cette fois, à faire le dessin demandé. Il le fallait bien, maintenant, le croquis devait être présenté le lendemain !

 

Le jour encor présent, elle prit donc un papier, un peu graineux mais peu profond. La couleur du papier, légèrement jauni, contrasterait à merveille avec le noir corbeaux de l’encre. Elle chercha son fusain…Où pouvait elle bien l’avoir mit ? Ah, le voilà, enfin !

 

Elle plaça le papier bien calé par les coins sur une grande surface de bois, inclinée, et se jucha sur son tabouret surélevé, afin d’être à hauteur parfaite pour commencer son dessin…

 

Zoyas mis l’extrémité du fusain dans sa bouche, tentant de se souvenir des termes exacts de l’affiche. Le dragon de Sainct Georges…Elle réfléchit un long moment, plissant les yeux, ne sachant trop à quoi il ressemblait réellement.

 

Elle commença donc par en dessiner une queue, pointue comme une flèche ! Les écailles, qu’elle imaginait rugueuses faisaient saillie. Sa main touchait le papier, et la queue prit forme, à mesure que le soleil s’assombrissait…

Le ventre de Zoyas gargouilla. Elle regarda le dessin, toujours un peu perplexe quand aux traits qu’elle devait donner à ce dragon.

 

Elle posa ses ustensiles, se trempa les mains dans un seau d’eau fraîche. S’humidifia le visage, et chercha un bout de viande… Pendant qu’elle mâchait le porc séché, elle tenta de se souvenir des quelques grimoires faisant allusion à la bataille de Sainct Georges contre le dragon. Ceux-ci, bien sûr, relataient davantage la force et le courage de valeureux chevalier que la forme de son adversaire ! Et jamais Zoyas n’avait pensé qu’elle devrait un jour dessiner ce dernier…

 

Prise d’une soudaine inspiration, elle lâcha son morceau et retourna au travail. Sa main, cette fois plus sûre déjà, commença à dessiner le corps du dragon, qu’elle imaginait maintenant plutôt petit, acculé au sol. Oui ! Ce devait être ainsi ! Se dit Zoyas, maintenant souriante, un petit bout de langue sortant, en guise de concentration, de sa bouche fine…

Elle esquissa rapidement le postérieur de la bête.  A ce moment, elle eut du mal à discerner les traits qu’elle faisait, tandis qu’elle allait faire les contours des flancs.

 

Elle tourna la tête vers l’ouverture, et vit que la nuit était tombée. Il faisait sombre maintenant, comme dans la caverne du monstre qu’elle dessinait. Comme si le fait de lui donner corps allait lui rendre la vie, Zoyas tressaillit. Elle chercha les bougies, assez grosses pour tenir un moment…Elle alluma, et la flamme flottant ainsi donna alors un reflet irréel à l’esquisse.

Zoyas reprit son fusain, son tissu humide, et continua le tracé. A présent, les flancs de la bête étaient emplis, Son corps, acculé au sol, semblait vouloir s’élever une dernière fois contre son vainqueur. Les pattes de l’animal, griffues, laides, s’agrippaient au sol, cherchant à y puiser les dernières forces qu’ils lui manquaient pour combattre.  C’en était presque pitoyable, ce corps squeletique qui bougeait presque. Les coups de noirs qu’infligeait Zoyas à la feuille, réguliers, précis, la flamme qui vacillait parfois…Le cou fit son apparition. La tisserande chercha des yeux un gobelet proche.

Elle avait maintenant la vision du dessin, elle ne devait pas s’arrêter ! Zoyas avait soif pourtant. Elle posa donc à nouveau tout son matériel, jetant de rapides coups d’oeuil à la toile, comme si de ne plus y mettre d’encre allait faire s’effacer le dessin déjà réalisé…Zoyas était avide. Elle but de rapides gorgées. L’encre noire de la nuit sans lune était la même que celle du dessin. Zoyas revivait sans cesse la mise à mort, racontée par les anciens au coin de l’âtre, relatée dans de vieux parchemins de l’Ost, la mise à mort du dragon…

Elle se planta devant le bloc de bois. Prit le fusain. La tête du monstre, ses yeux devaient émerger. Son âme, en quelque sorte ! Le dessiner ainsi, les yeux presque fermés, comme dans une transe…Cela faisait peur à Zoyas, mais à la fois, la sensation qu’elle ressentait la conduisait à continuer…

Le dragon était fini. Mais il était en vie, menacé par une force qui, même devinée, n’était pas encor. La nuit, petit à petit, se colorait de reflets rosâtres. La bougie commençait à crépiter, signe que sa fin approchait. Zoyas veillait, dessinait encor. Elle esquissait la monture, le fier destrier, debout, en charge face à cet ennemi redoutable qu’il ne connaissait point. Ses traits se firent plus rapides, sachant déjà bien le contour d’animaux qu’elle montait tous les jours. Elle plaça la selle profonde, munie du troussequin qui maintiendrait en place le cavalier durant l’assaut final. Elle se concentra, afin de tracer bien droite la longue lance qui mettait à mort le dragon, en l’empalant par la gueule ouverte dans un râle profond.

 

Zoyas s’affola, tout à coup ! Elle avait fini le cheval, mais il faisait déjà jour ! Depuis quand déjà le coq avait il chanté ? Il lui fallait partir, vite, c’était le jour des délibérations !

Elle devait vite amener le dessin, peut être aurait elle le temps, une fois là bas, dans l’attente que les autres participants remettent le leur, peut être aurait elle le temps de finir son œuvre ?

Il manquait le principal ! Presque paniquée, Zoyas enroula sa toile, à peine sèche, monta Petit Pieds en catastrophe, muni de son fusain et de son encre dans sa besace. Pas même du pain, les quelques écus qu’elle avait suffiraient sûrement !

Arrivant au lieu de rendez vous, haletante, elle chercha un coin sûr, après s’être avisée d’avoir un peu de temps devant elle. A la lumière du jour, au soleil presque éblouissant de force, elle dessina lentement le corps, la tête et le bras triomphant du saint de l’Ost dauphinois.

Le soleil au zénith, elle contempla alors son œuvre :

 

« Sainct Georges, Triomphant du Dragon ! ».

 

Zoyas sourit, puis courut apporter son parchemin aux instances décisionnaires…

Publié dans Archives diverses

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